L’hypersensibilité, un don à apprivoiser

Parmi les patients que je reçois, beaucoup me parlent de leurs émotions. Bien souvent conscients d’être hypersensibles, ils n’ont pas forcément bénéficié d’une réelle écoute de la part de leur entourage, il leur manque des clés pour se comprendre eux-mêmes et se protéger. Cet article est pour eux et tous ceux qui s’y intéressent.

 

C’est inné : 

Et oui cela fait partie de ta personnalité, ton hypersensibilité est un peu comme la couleur de tes cheveux ou de tes yeux, à un détail près qu’elle est plus rare.
Trop méconnue à ce jour, cette caractéristique peut être une réelle souffrance au jour le jour.
Cette sensibilité qu’on pourrait qualifier d’intense,  va parfois déranger, provoquer une mise à l’écart, une stygmatisation.

Elle est trop souvent reprochée, ignorée, et étiquetée de manière péjorative.
Dans une société où nos sentiments sont tenus de rester dans le domaine privé, intime, comment s’épanouir?

 

 

Comment reconnaître les signaux? 

Cette liste, composée de signaux glanés de-ci delà est non-exhaustive mais elle permet de bien éclairer le sujet.

  • hyper réactivité à des stimulus qui ne font pas réagir la majorité des gens
  • tendance à mémoriser avec beaucoup d’acuité son propre vécu
  • évitement des conflits ou films contenant des scènes de violence
  • humeur perturbée par la fatigue ou la faim
  • capacité à rire, pleurer, être anxieux avec une fréquence  élevée
  •  être perturbé par toute difficulté ou dysfonctionnement imprévus
  • difficulté face à l’inconnu
  • ouverture à la spiritualité
  • « Sixième sens » et intuition fortement développés
  • hyper-vigilance
  • rumination
  • intolérance à l’ennui, l’inactivité ou la passivité
  • forte créativité et imagination (univers mental extrêmement riche)
  • une vie intérieure riche et complexe (pouvant provoquer des insomnies)
  • conscience des nuances subtiles de l’environnement
  • grand sens du service aux autres
  • influencé par l’humeur des autres
  • sensible à la douleur
  • besoin de s’isoler pour se libérer de trop de stimulations
  • profondément ému par les arts et/ou la musique

Si tu te reconnais à travers toutes ces expressions, alors tu as peut-être déjà entendu les reproches suivants au cours de ta vie.
Voici les alternatives d’interprétation que je te conseille.

  • « Tu es trop à fleur de peau »  => Je ressens les choses de manière intense, ça n’est pas un défaut ni une faute.
  • « Tu prends tout contre toi » => Je prends les choses à cœur, je peux me renseigner sur les accords toltèques.
  • « Tu es trop sensible » => J’exprime une sensibilité qui m’est propre, elle n’est ni trop ni pas assez, elle est ma réalité.
  • « A ton âge, tu dors trop » => L’âge ne définit rien, ni les envies, ni les besoins.
  • « Tu es trop timide »=> Je suis du mieux que je peux être tant que je suis sincère envers mes ressentis.
A l’école, durant les études et professionnellement : 

L’apprentissage doit rester juste et s’adapter aux êtres humains chargés d’émotions que nous sommes.
Malheureusement, cette incompréhension et ce manque d’acceptation tendent à nous cataloguer comme anormaux , voire instables.
Si la stabilité et la normalité font loi comment intégrer les borderline, autistes et autres grands sensibles à un système qui pousse à la normalisation?
Nous devons sans arrêt questionner ce qui nous est donné et comment cela nous est donné.  C’est à l’éducation de faire une place à chacun, et non à chacun de briser des murs pour se faire une place. L’école doit servir ce que nous sommes et non l’inverse. 

L’hypersensible est doté d’une faculté à ressentir ce que les autres ne ressentent pas et de percevoir ce que d’autres ne perçoivent pas.

Et oui c’est quelque chose en plus, comme un super-pouvoir à dompter!
Les cinq sens sont beaucoup plus développés, aiguisés, sensibles quand tu es un hypersensible.
Et en prime, un sixième sens très utile s’invite : l’intuition.
Alors une tare ou une chance?
Notre cerveau a le super-pouvoir d’emmagasiner et de trier plusieurs informations en même temps! Pour un hypersensible, les nombreuses manifestations intérieures telles que la faim, la soif, le désir sexuel s’ajoutent aux stimulations extérieures, les bruits, les odeurs, les températures, la luminosité, les gens. Cela devient une hyper-stimulation difficile à gérer. Imagine, une explosion permanente de sensations, de bruits, de lumières. Pas simple à appréhender quand on n’est pas hypersensible.
Une personne qui présenterait tous ces symptômes est capable d’analyser simultanément ce qu’elle ressent sur le moment, ses ressentis sur une événement passé ( introspection, remise en question) et même à anticiper un mal-être à venir.
Pour toutes les raisons citées ci-dessus, le milieu scolaire ou professionnel peut représenter des obstacles au regard d’un hypersensible.
Il appartient à chacun d’entre nous de le comprendre et de détourner ces obstacles! En aidant ceux qui se sentent visés, les accompagner à assumer leur singularité, tenter de se mettre à leur place, échanger sur les ressentis et les protéger quand le système est injuste envers eux.
En apprenant à nos enfants, l’entraide, l’écoute et l’empathie nous pouvons avancer vers un système plus respectueux de nos différences.

Protège-toi !

Voici les recommandations tirées du site de l’INREES, je les ai trouvées très juste.

1- Te déculpabiliser
« Connais-toi toi-même », disait Socrate : prendre conscience de sa grande sensibilité est la première étape pour agir. Commence donc par  t’observer – avec bienveillance – : émotions,  réactions… Ensuite, comme le conseille Laura Marie, cesse de penser que tu es/as un problème : l’hypersensibilité est « peut-être quelque chose de fatigant parfois, mais d’un autre côté, c’est un énorme avantage », te dotant par exemple d’un grand potentiel intuitif.

2- Faire de l’hypersensibilité une force
Puisque tu es doté(e) de cette capacité inhabituelle, pourquoi ne pas l’utiliser de manière positive ? Pour toi-même,  par exemple utiliser l’empathie pour « comprendre les autres au point de pressentir leur personnalité, leurs attentes et leurs pensées », explique Christel Petitcollin, formatrice en développement personnel, et ainsi nouer des relations plus profondes et sincères avec tes proches.

3- Te protéger des lieux, personnes, circonstances qui te touchent
« Connaissant notre hypersensibilité, il est impératif de se protéger. Le monde ne changera pas du jour au lendemain, c’est donc à nous de nous y adapter en sélectionnant avec attention tout ce que nous faisons, les endroits où nous allons, ce que nous regardons et les gens que nous fréquentons. » explique Laura Marie. En te protégeant de ce qui te met systématiquement à vif, préserve ton énergie, ton moral, et ton ouverture envers les autres.

4- Arrêter d’absorber les émotions des autres
L’hypersensible a tendance à absorber les émotions des autres et à les vivre comme si c’était les siennes. Cela lui fait trop à gérer en plus de ses propres émotions, et il s’en retrouve épuisé. « Tout d’abord, demandez-vous si le sentiment est le vôtre ou celui de quelqu’un d’autre. » suggère l’auteur en entraide Judith Orloff (blog Esprit Science Métaphysique). Ensuite, si l’émotion appartient à un autre, fais l’exercice conscient de la lâcher : elle ne t’ appartient pas, et donc tu la rends à l’univers, en toute bienveillance. Si l’émotion est très forte, prends quelques instants pour te concentrer sur ta respiration, la ralentir, afin de t’ apaiser.

5- Pratiquer une discipline visant à développer la paix intérieure
Méditation en pleine conscience, exercices d’entraînement de l’esprit, yoga, qi qong, il existe une variété de disciplines permettant un travail de transformation intérieure qui ultimement permettent de mieux gérer les émotions, prendre du recul quant au fourmillement incessant des pensées, et développer une certaine sérénité – voire une sérénité certaine ! D’autres activités, telles que le sport, permettent « de se vider régulièrement la tête, et également de toutes les émotions ingurgitées pendant la journée », propose en outre Judith Orloff. Cherche celle qui te conviendra le mieux !

Les enfants hypersensibles :

Se reconnaître en tant qu’hypersensible c’est bien, mais comment reconnaître si un enfant l’est?
Elaine Aron, psychothérapeute ( formation Jungienne) distingue 4 traits pour identifier un hypersensible. Elle est à l’origine de l’acronyme DOES.

  • D pour « Depth of Processing » : c’est la capacité de traiter l’information plus en profondeur.
    Un enfant hypersensible est très curieux, il va poser plus de questions et plus régulièrement pour aller au fond des choses.
    Il peut se poser des questions sur le sens et les mystères de la vie et la mort.
    Il va être précis dans le choix de ses mots. Un enfant hypersensible peut faire un choix sans savoir ce qui l’a mené à cette décision, c’est ce qu’on appelle l’intuition. Mais il a également de la difficulté à faire des choix, parce qu’il va envisager toutes les hypothèses et les possibilités avant de se décider. Il pourra sembler en retrait face à une situation nouvelle ou face à la rencontre de nouvelles personnes car il aura besoin d’un moment pour observer.
  • O pour « Overstimulation » : c’est l’hyperstimulation du système nerveux. Un enfant hypersensible va être hyperstimulé aussi bien par des stimuli externes comme un son strident, une lumière vive, un vêtement en laine qui gratte, un aliment aigre… que par des stimuli internes comme la sensation de faim ou de soif, une contrariété, une frustration… Cette hyperstimulation peut entraîner des réactions fortes qui sont souvent incompréhensibles par l’entourage, exactement comme les adultes, il faudra l’encourager à parler de ces nombreux stimuli internes et externes.
  • E pour « Emotional Reactivity » : c’est une réaction émotionnelle intense aussi bien aux expériences positives que négatives. Par exemple, trop de joie ressentie pour une surprise va entraîner un débordement émotionnel important. Le E est aussi pour « Empathy », c’est-à-dire la capacité à comprendre les émotions et les sentiments d’une autre personne.
  • S pour « Sensing the Subtle » : c’est la capacité à décoder les subtilités de l’environnement. Avec des sens plus développés et plus sensibles et un grand sens de l’observation, un enfant hypersensible va remarquer et percevoir des choses que la plupart des autres enfants ne verront pas. Par exemple, un enfant hypersensible va remarquer des changements effectués dans une pièce, même minimes ou encore il va refuser de dire bonjour à quelqu’un,  parce qu’il aura remarqué un changement de ton dans la voix de cette personne.

De quoi bien commencer non?

Pour conclure :

Comme chacune des particularités que l’être humain peut abriter, il est bon de la reconnaître, de l’assumer, de l’interpréter.
Cependant il est préférable ne pas se sur-identifier à cela, reste libre d’être plus qu’une sorte de mot, de diagnostic.

Le savais-tu? 
Il existe une association des hypersensibles de France.

2 commentaires Ajoutez le vôtre

  1. Comme cet article fait du bien! Je n’avais jamais considéré mon hypersensibilité comme un don jusqu’à très récemment. Je vivais vraiment très mal de ne pas réagir comme la moyenne des gens, et j’étais très agressive quand je vivais des émotions qui ne m’appartenaient pas. Maintenant j’apprends à me protéger et à en faire une force. C’est un long processus, mais c’est salvateur! Encore merci pour cet article

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    1. Merci de ce joli commentaire, et bravo pour votre processus 🙂

      Aimé par 1 personne

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