Je choisis d’éclairer un sujet sensible voire tabou. Un thème que mes patient.e.s abordent souvent du bout des doigts. Cœurs vaillants, cet article est pour vous, aujourd’hui nous parlons d’inceste à travers la psychogénéalogie.

 

C’est quoi l’inceste?

Ah ce mot qui fait si peur, qu’on évite, qu’on refuse d’entendre ou de lire, qu’on réserve  » aux autres »! Que signifie-t-il vraiment?
Étymologiquement on le découpe ainsi, le préfixe ‘in-‘, qui exprime le privatif suivi de ‘-ceste’ pour castus qui signifie chaste. Un découpage froid et scientifique pour ce monstre de douleurs dont le meilleur allié est le silence.
L’inceste, dans les faits, ce sont les relations sexuelles au sein d’une famille. Ses visages sont pluriels, par exemple un père et sa fille, un frère et une sœur, une tante et son neveu et bien d’autres combinaisons de membres d’une famille proche. Le nœud de l’inceste repose essentiellement sur une problématique d’abus de pouvoir ou d’autorité sur une personne dite plus faible. Cela se joue sur principe d’abuseur/abusé ou de victime/persécuteur, c’est une violation de la confiance. C’est un crime, aux dommages importants. Levons le voile sur les mécanismes qui font agir et qui font souffrir.

 

L’abuseur :

L’acte d’inceste d’un adulte envers un enfant n’est pas un acte qui exprime de l’amour. Jamais.
Il est important de bien saisir les mécanismes qui poussent une personne à entrer dans une relation d’abuseur/abusé. Personne ne devient subitement agresseur, même si c’est parfois difficile à déceler, ceux qui se rendent coupables de tels crimes ont eux-même souffert d’une forme d’abus, ou bien ils en ont hérités. Cela ne représente en rien une excuse, c’est une piste de compréhension, pour que nos yeux soient bien ouverts et nos cœurs à l’écoute. Il n’y a pas simplement ce que nous vivons en tant qu’enfants qui nous influence, il y a ce dont nous héritons. C’est sur ce point là que nous travaillons en psychogénéalogie. Comment les secrets de famille, inavouables, vont gangrener les générations à venir tout en maintenant la souffrance de la génération en place.

Comprendre ce n’est pas excuser, c’est être armé pour affronter les faits.

Les motivations : 

Il y a dans l’inceste, une volonté d’étouffer la sexualité de l’autre. En quoi cette sexualité pourrait menacer celui qui commet l’acte? Un refus de prendre de l’âge et de se voir chasser par la génération descendante? Une répétition par interprétation ( l’abuseur à déjà été abusé, il reproduit)? D’autres enjeux plus complexes? C’est une réelle volonté, bien que souvent inconsciente, de détruire. Ce n’est pas un malentendu. Ce n’est pas une méprise ou un accident. C’est un crime d’une violence indicible.

Les complices :

Savoir et se taire. Pourquoi certaines personnes vont-elles jouer le jeu de l’agresseur?
Dans un souci d’équilibre des rôles familiaux. Bien souvent les conjoint.e.s sont au courant de ce qu’il se trame entre l’adulte et l’enfant, et ils ou elles n’agissent pas. Ce mutisme est provoqué par une incapacité à affronter les faits. Il s’agit d’un stratagème de sécurité qu’il ne faut pas interpréter comme un consentement. La personne qui ne dit rien ne consent pas, elle se protège. Elle est piégée au même titre que l’abusé.

Le climat incestuel :

On parle de climat incestuel quand les adultes ont des comportements impudiques, entre eux, sous le regard des enfants ou bien directement avec les enfants.  La barrière générationnelle nécessaire à la construction psychologique d’un enfant est absente. Si elle est sans cesse gommée, les plus jeunes peuvent manquer de repères et ressentir une profonde gêne envers leurs propres corps. Hyper-sexualisation d’une fillette ou d’un petit garçon en lui demandant de s’exhiber en sous-vêtements devant plusieurs adultes, commentaires sur la poitrine naissante d’une petit fille en présence d’hommes de la famille, actes sexuels nécessitant une intimité exposés aux yeux des enfants, enfants dépositaires de secrets d’ordres sexuels des adultes, langage équivoque et bien d’autres choses.
C’est un climat dangereux et destructeur au même titre que l’acte d’inceste commis.
Même si un climat incestuel ne donne pas toujours lieu à des actes d’inceste, il est nécessaire d’être conscient du comportement déplacé de ces adultes qui portent peut-être en eux des secrets inavouables.

Celui qui subit :

Pour la personne qui subit l’acte incestueux, le traumatisme s’imprime en profondeur. Les blessures et cicatrices émotionnelles sont réelles même si elles paraissent déroutantes à cause de leur manque de signification apparente, tout le monde n’est pas capable de les interpréter et c’est bien là que le bas blesse.
L’idée est redoutable et pourtant trop répandue : l’inceste ne commencerait qu’au viol génital. Une idée à laquelle bien des gens se raccrochent, pour éviter l’angoisse absolue de l’inceste qui prend pourtant d’autres chemins.
Refuser de le voir, le nommer, de le reconnaître à travers ses différents masques c’est non seulement protéger l’agresseur mais également laisser sans repères ceux qui tentent de décrypter leurs souffrances. Faisons de la place à la libération !
Gardons l’œil ouvert sur ceux de notre entourage qui manifestent des souffrances à répétitions. Les problèmes systématiques dans les relations amoureuses,  identité sexuelle perturbée, manque de confiance en soi et en les autres, peur du contact physique, dépendances (affective, alcoolisme, drogue) ou encore dépression autant de souffrances qui donnent l’impression que la personne « perd les pédales » et qui sont vécues comme des fatalités.

S’identifier :

S’identifier en tant que victime d’inceste, pour découvrir les raisons liées aux difficultés qu’on éprouve est une première étape. Primordiale.
Ces « problèmes » sont un moyen de contourner une douleur insoutenable, ineffable, ils ne sont pas une fatalité.

Les moyens de guérison, car on parle bien de guérison, sont souvent obstrués par le côté indicible de la chose.  Si l’on parle, alors nous remettons tout l’équilibre familial en question!

Comment ça? Tu oses accuser ton si gentil grand-père, à l’âge qu’il a, il n’y survivrait pas!
Ton père a toujours été un excellent père, je ne peux pas croire qu’il ait fait ça!
Il t’aime trop pour avoir fait une chose pareille.
Oh voyons tu es sûr.e que tu n’as pas mal compris? 

Tu es choqué.e en lisant ces phrases?
Pourtant c’est une dure réalité, impulsée par le désir de survie et de maintien de l’ordre établi. Ce qui fait souffrir les enfants ou les abusés, c’est le silence des adultes ou leur aveuglement. Nous tenons à la place que notre arbre généalogique nous offre. Basé sur cet ordre, il est bien difficile de redistribuer les cartes. Certains arbres généalogiques enferment les individus au sein d’un magma compact où tous semble s’imbriquer. Personne n’est vraiment un individu à part, mais plutôt un morceau d’un tout, une pièce du puzzle sur laquelle repose bien sûr un équilibre biaisé.
Alors briser le silence devient un exercice périlleux qui ne va pas simplement concerner le duo abuseur/abusé.

Pourtant c’est nécessaire. Car les effets sont multiples et un enfant abusé va traîner le traumatisme toute sa vie, jusqu’à ce qu’on lui offre la possibilité de s’en délester. Parfois cette ouverture ne vient jamais et le secret se transmet jusqu’à la génération suivante, ainsi de suite.
Voilà pourquoi je te propose de lire les quelques piste suivantes, afin de déceler les comportements qui peuvent dissimuler un inceste.

Les refuges de l’abusé

-Le déni. L’enfant peut créer une dissociation psychique et rentrer dans le déni. Cette phase est très importante car elle est parfois l’arme principale de ceux qui voudront nier ce qui est arrivé. Ce n’est pas parce que je, tu, il/elle a oublié que ce n’est pas arrivé! Cet argument est un manque de connaissance du traumatisme. Le cerveau n’a qu’une idée en tête, survivre ! Et pour cela il faut parfois enfermer des souvenirs au plus profond de l’inconscient. Le moment où la mémoire (re)surgie est toujours le bon moment. L’important c’est toi. Peu importe l’état de santé dans lequel se trouve l’agresseur ou son/sa partenaire. Quand la lumière doit se faire, il n’y a pas d’excuse à rester dans l’obscurité.

-La tentative de légitimer l’acte. Voici un effet pervers de l’abus sexuel incestueux. Toujours dans un souci de survie, l’enfant peut alors se mettre en quête de l’affection de son agresseur.
Se dire que les gestes ont été fait par amour est un stratagème très fréquent. Et malheureusement c’est s’exposer à des remarques telles que : mais tu as continué à le fréquenter et à lui faire des câlins!
Arrêtons tout ! Cette réaction est une insulte aux schémas mis en place pour dépasser le choc engendré par l’abus. Tu n’as pas à te justifier, c’est à l’abuseur de le faire.

-Le mimétisme. Un enfant abusé par un parent proche peut se mettre à singer, avec beaucoup de sincérité, l’adulte qui aurait dû recevoir l’acte ou le désir de l’agresseur. Je m’explique, une fillette abusée par son oncle va commencer à souhaiter ressembler physiquement à sa tante. Attitude, coupe de cheveux, vêtements, l’inconscient cherche une issue positive à ce qui s’est produit.

-Les désordres alimentaires. Derrière ce comportement se cachent souvent des stratégies très claires. Une jeune femme qui se mettrait à grossir du ventre et des cuisses ne serait-elle pas entrain de constituer un rempart contre un agresseur toujours présent dans son entourage? Repousser le contact grâce aux parties épaissies. L’intérieur des cuisses devient une protection de chair. L’abdomen se transforme en bouée de secours. Littéralement.
Une femme qui déclenche une anorexie est symboliquement en train d’effacer toutes traces de féminité apparente sur son corps et son désir de disparaître est violent. Qu’est-il arrivé à sa féminité naissante pour susciter un si grand conflit?

-Le conflit biologique de territoire. Quand une personne a été « envahie » dans son intimité, elle peut alors tenter d’exprimer ce qui lui est arrivé avec un mécanisme d’infection ou d’inflammation de certains organes. Cystite à répétition? Pyélonéphrite ? Le territoire intime est en train de réagir fortement et il mérite notre attention.

-La colopathie fonctionnelle. Autrement dit maux de ventre inexplicables et troubles de la digestion. Tendance à constipation ou diarrhée à répétition, le sujet ne peut pas « digérer » ce qui lui est arrivé et le mal-être cherche une issue.

-Aucun ou plusieurs. A l’âge de la maturité sexuelle, les personnes abusées vont parfois se réfugier dans des comportements extrêmes et opposés. Un jeune homme se sentant incapable d’avoir une relation sexuelle ou bien une jeune femme qui multipliera les partenaires à l’excès sont des pistes à ne pas négliger. En psychogénéalogie on explique que mille ou zéro expriment la même chose. Un acte sexuel non-consentie amène parfois une personne à reproduire cet acte jusqu’à ce qu’il ne veuille plus rien dire. Plus on le répète, plus il perd de sa force. C’est une fausse liberté.
Le comportement sexuel de l’adolescent qui a pu vivre un inceste étant enfant est souvent révélateur.

 

Résolution du conflit 

L’importance d’amener une telle histoire à la lueur des regards du clan, c’est ouvrir la prise de conscience et libérer ceux qui sont prisonniers du secret.
Il existe plusieurs actes de libération possible. Tout d’abord, s’identifier, reconnaître la souffrance pour mieux la laisser partir. Attention au piège de la victime. Autant il est important de reconnaître le rôle de victime que nous a infligé l’agresseur, autant il faut savoir s’en défaire. Le mot victime est très fort, il a un grand pouvoir de reconnaissance et de souffrance. Savoir que l’on est passé par ce stade c’est une reconnaissance. Ne pas continuer à s’identifier comme tel c’est une libération. Le processus est subtil et les méthodes d’accompagnement sont nombreuses. Voici quelques pistes d’action :

 

La lettre. Ecrire une lettre à l’agresseur, même s’il est décédé. Dans le cas où il est vivant, lui exprimer les effets de son acte. Ce que cela a détruit ou abîmé chez en nous. Cette lettre peut être envoyée également au conjoint.e. La méthode est décrite dans l’ouvrage d’Elizabeth Horrowitz, ‘les nouveaux secrets de famille’.

La parole. La psychothérapie pour guérir en profondeur et s’entendre dire soi-même ce qui nous est arrivé. Le déposer dans d’autres mains qui sauront quoi en faire.

La libération en psychogénéalogie. Sujet que j’ai traité ici et

 

Notre corps est un sanctuaire

Les raisons d’agir en cas d’inceste sont nombreuses et la reconstruction est nécessaire. Quoique notre corps ait pu endurer, il est notre sanctuaire. C’est une bataille que nous devons livrer ! L’accepter, le guérir, le redécouvrir et le libérer c’est la plus belle issue que je, tu, il/elle pouvons trouver. Briser le silence est un devoir, anéantir les cycles de répétitions un pouvoir que nous avons tous. En se penchant sur notre histoire de famille, en comprenant les rôles de chaucun.e nous pouvons faire beaucoup de bien.
Le silence c’est l’affaire de tous. On ne sait jamais d’où viendra la main tendue ou le départ de la guérison, on sait simplement qu’elles ne résident pas dans le silence.

 

Voilà un résumé des pistes à explorer lors d’un travail de reconstruction à travers la psychogénéalogie. Je te souhaite une belle route sur le chemin de l’épanouissement.

 

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